dimanche 13 février 2011

Edmond Michelet supprime l'intervention du juge d'instruction

Le 4 juin 1960 est publiée au journal officiel une ordonnance du 3 juin, signée d'Edmond Michelet, de Pierre Messmer, de Michel Debré et de Charles de Gaulle. Elle stipule qu'en cas de crime flagrant, lorsque est arrêté l'auteur, le coauteur ou le complice d'un homocide volontaire ou de coups et blessures qualifiés crimes, commis en vue d'apporter une aide directe ou indirecte aux rebelles des départements algériens, les dispositions suivantes sont applicables : ... L'enquête est conduite sans intervention du juge d'instruction...


Dans une chronique publiée au Recueil Dalloz en septembre 1960, Antonin Besson, procureur général près la Cour de cassation, président de la commission d'études législatives, pénales et pénitentiaires, donne une analyse de cette ordonnance.
Il la conclut ainsi : "Par les souvenirs historiques qu'elle évoque, l'ordonnance du 3 juin a causé un profond malaise. Il ne faut pas s'y tromper : elle est un signe de défiance à l'égard des magistrats instructeurs et des avocats et sonne le glas du système d'instruction en vigueur".
N'étant pas juriste, je ne sais à quels souvenirs historiques Antonin Besson fait référence. En tout état de cause, il s'agit d'une période de l'histoire de France au cours de laquelle les libertés individuelles ont été mises à mal. 





L'article de Claude Krief paru dans L'Express du 12 octobre 1960 - qui décrit le processus par lequel Edmond Michelet, gaulliste intégral, signe toutes les ordonnances répressives élaborées par l'Elysée, Matignon et les juristes de son cabinet (qu'elles visent les partisans du F.L.N. ou les défenseurs de l'Algérie française) - trouve ici, une fois de plus un exemple de sa pertinence.   





dimanche 6 février 2011

Edmond Michelet et Gamal Abdel Nasser

Au moment où le sort de l'Egypte est en suspens, il n'est pas inintéressant de rappeler les positions d'Edmond Michelet vis-à-vis de Gamal Abdel Nasser.
Le 1er août 1956, au Conseil de la République, Edmond Michelet intervient lors d'une communication du gouvernement représenté par Paul Ramadier, ministre des affaires économiques et financières. Il qualifie Nasser de "méprisable homme d'Etat qui dirige provisoirement au Caire les institutions de son pays et les destinées de l'Egypte".



Le 3 mars 1967, paraît aux Editions du Burin, un ouvrage intitulé "République Arabe Unie" avec un message liminaire de Gamal Abd Al Nasser et une préface d'une trentaine de pages d'Edmond Michelet, ministre d'état (ce qui ne manque pas d'étonner, Edmond Michelet n'étant ministre d'état, chargé de la fonction publique, qu'à partir du 7 avril 1967) . Nasser est donc toujours président de l'Egypte (République Arabe Unie) et le restera jusqu'à sa mort intervenue le 28 septembre 1970, onze jours avant celle d'Edmond Michelet.
Edmond Michelet fait alors sienne l'analyse de Pierre Rondot, le spécialiste du monde arabo-musulman :


Il n'est pas interdit de changer d'avis; mais passer du "méprisable homme d'Etat qui dirige provisoirement au Caire (...) les destinées de l'Egypte" au "chef populaire", au pouvoir pendant plus de quinze années, dans un livre dont le message liminaire est de la main de Nasser, est-ce seulement changer d'avis ?










dimanche 30 janvier 2011

Edmond Michelet rétablit la peine de mort en matière politique

Le 8 juin 1960 est publiée au Journal Officiel une ordonnance prise en vertu des pouvoirs spéciaux votés au début de février de la même année au gouvernement Debré dont Edmond Michelet est le garde des sceaux, ministre de la justice. 
Cette ordonnance, 60-529 du 4 juin 1960, passée alors inaperçue sauf aux yeux de certains juristes, modifie profondément le code pénal et le code de procédure pénale : elle rétablit la peine de mort en matière politique abolie depuis 1848. Ses principaux articles figurent ci-après :






















L'intégralité du texte de l'ordonnance peut-être consultée en suivant le lien ci-dessous :
http://www.legifrance.gouv.fr/jopdf/common/jo_pdf.jsp?numJO=0&dateJO=19600608&numTexte=&pageDebut=05107&pageFin=

 Non spécialiste, il serait hasardeux d'interpréter ces textes. Aussi est-il intéressant et utile de faire appel à un très grand juriste des années 1950 et 1960, le procureur général près la cour de cassation, Antonin Besson.
Antonin Besson, né en 1895, est mort en 1985. Il débute sa carrière dans la magistrature en 1927, est avocat général à Lyon en 1940, avocat général à la cour d'appel de Paris en 1945, directeur des affaires criminelles et des grâces en 1946, conseiller à la cour de cassation en 1948, procureur général près la cour de cassation en 1951. En 1958, il est l'une des chevilles ouvrières de la réforme judiciaire et de l'élaboration du nouveau code de procédure pénale. Procureur général prés le Haut Tribunal Militaire, il est nommé, en août 1962, conseiller du gouvernement pour les affaires judiciaires, perdant ainsi son titre de procureur près la cour de cassation. Le 1er septembre 1962, est publiée, sans consultation d'Antonin Besson, une ordonnance aggravant considérablement les dispositions d'une ordonnance du 3 juin 1960 que celui-ci avait critiquée en son temps. Antonin Besson prend la décision de partir prématurément. L'honorariat lui est refusé.
En 1973, il publie chez Plon "Le Mythe de la Justice" d'où sont extraits quelques-uns de ses commentaires sur l'ordonnance du 4 juin 1960.  




Antonin Besson rappelle que la peine de mort en matière politique
 a été abolie en 1848 par la seconde République 



Il intitule l'un des chapitres de son ouvrage, à propos de l'ordonnance du 4 juin 1960 :
"La peine de mort est rétablie en matière politique"



Et il décrit le procédé qui a permis de rétablir cette peine de mort en matière politique
en évitant que cela soit apparent. Le principe en a été d'abolir la distinction
entre sûreté intérieure de l'Etat et sûreté extérieure de l'Etat.



Antonin Besson note également que l'article 99 de l'ordonnance du 4 juin 1960
punit de la peine de mort toute participation à un mouvement insurrectionnel.


Il ajoute que la notion de complicité a pris des dimensions insoupçonnées et donne pour exemple le cuisinier qui peut signer son arrêt de mort  en ravitaillant des insurgés ou des membres d'une bande armée.
Il fait également remarquer, qu'à la différence de la législation antérieure, les articles 86, 88, 89 et 90 punissent de la peine de mort un certain nombre d'infractions lorsqu'elles ont été exécutées ou tentées avec usage d'armes. 
Ceci peut paraître justifié, mais selon l'article 102 du code pénal, le mot "armes" peut être pris dans un sens très extensif : couteaux de poche, ciseaux, cannes...






En fin de son chapitre sur le rétablissement de la peine de mort
 en matière politique, Antonin Besson conclut ainsi : 





A noter que le rapport présenté à l'assemblée nationale par Raymond Forni, relatif à la loi du 9 octobre 1981 portant abolition de la peine de mort, dans sa partie "Rappel historique", mentionne le rétablissement de la peine de mort pour crimes politiques par l'ordonnance du 4 juin 1960.
"Si de nombreux cas nouveaux d'application de la peine de mort prévus sous le régime de Vichy (vols et agressions nocturnes, incendies volontaires de récoltes...) furent supprimés à la Libération, d'autres furent cependant ajoutés plus tard : vol à main armée (loi du 23 novembre 1950), incendie volontaire ayant entraîné la mort ou des infirmités graves (loi du 30 mai 1950), violences ou privations d'aliments ou de soins à enfants ayant entraîné la mort ou avec l'intention de la donner (loi du 13 avril 1954), crimes politiques (ordonnance du 4 juin 1960)."


Edmond Michelet était ministre de la justice quand l'ordonnance du 4 juin 1960 a été élaborée par son ministère et publiée. Sa signature figure en bas de cette ordonnance qui rétablit la peine de mort en matière politique, abolie depuis 1848.




dimanche 23 janvier 2011

Edmond Michelet signe une ordonnance réduisant les droits de la défense

L'article paru dans L'Express du 12 octobre 1960, auquel fait référence le numéro du 13 au 19 octobre 2010 de cet hebdomadaire, a été rédigé par Claude Krief. Celui-ci mentionne une ordonnance publiée quelques jours auparavant ayant pour objet de modifier "certaines dispositions du code de procédure pénale".


Il s'agit de l'ordonnance 60-1067 du 6 octobre 1960 publiée au journal officiel du 7 octobre 1960. Il faut se souvenir que depuis le 2 février 1960, le gouvernement a la possibilité pendant un an de légiférer par ordonnances. Il ne s'en prive pas : la totalité des modifications - certaines très profondes - du code pénal et du code de procédure pénale sont obtenues par cette voie.
L'ordonnance 60-1067, dont les attendus et le texte figurent ci-après, a trois objectifs majeurs:
lors d'un procès,
- interdire les témoignages ne portant pas sur les faits et sur la personne de l'accusé,
- enlever la possibilité pour la défense de faire comparaître de nouveaux témoins au cours des débats
- rendre immédiatement exécutoire toute sanction relative à une faute commise par un avocat à l'audience (par exemple, si un avocat est suspendu en cours d'audience, il ne peut plus assurer la défense de son client pour la suite du procès)
Il est certain que le Parlement, s'il en avait été saisi, n'aurait pas voté une loi reprenant les termes de cette ordonnance. On comprend mieux la procédure retenue par le gouvernement de l'époque auquel Edmond Michelet appartenait en tant que Garde des Sceaux.


Vers la fin de ce long article, Claude Krief mentionne également un projet d'ordonnance qui n' a pas abouti. Il s'agissait de modifier la loi de 1881 sur la liberté de la presse dans un sens restrictif. On se souvient qu'au début des années 1960, même sans ordonnance nouvelle, les saisies de journaux étaient fréquentes, d'abord aux dépens des soutiens de l'indépendance de l'Algérie puis ensuite aux dépens des partisans du maintien de l'Algérie dans la République française.

__________


Ordonnance du 6 octobre 1960
Le texte apparaissant en caractères très petits, le lien ci-dessous accède aux mêmes pages sous format pdf :










dimanche 16 janvier 2011

Il y a cinquante ans Edmond Michelet, ministre de la justice

L'hebdomadaire "L'Express" dans son numéro 3093 du 13 au 19 octobre 2010, à sa rubrique, "Il y a 50 ans", montre la couverture de L'Express du 13 octobre 1960. Y figurait, en pleine page, un portrait d'Edmond Michelet. Le long article qui lui était consacré dans ce numéro est résumé par quelques lignes sévères pour son attitude en tant que garde des Sceaux, analysée comme une soumission aveugle au général de Gaulle. 


Cabinets ministériels d'Edmond Michelet en 1967 et en 1969

Edmond Michelet est ministre d'Etat chargé de la fonction publique du 7 avril 1967 au 31 mai 1968 dans le gouvernement Pompidou; il est ministre d'Etat chargé des affaires culturelles du 29 juin 1969 au 9 octobre 1970, date de sa mort, dans le gouvernement Chaban-Delmas.
A son cabinet, il a des collaborateurs fidèles dont certains, tels Roger Dumaine, Joseph Rovan ou Albert Bros, étaient déjà présents lorsqu'il était ministre des armées en 1945-46 ou ministre de la Justice en 1959-61. Une nouveauté, en 1967 comme en 1969 : la présence de son avant-dernier fils, Yves, comme chef de cabinet. Un sens aigu de la famille est l'une des vertus, unanimement reconnue, d'Edmond Michelet.

           




Edmond Michelet a-t-il proposé la candidature du général Peron au Prix Nobel de la Paix ?

D'après le quotidien espagnol ABC du samedi 18 décembre 1948, Edmond Michelet aurait proposé la candidature du général Juan Domingo Peron au Prix Nobel de la Paix.
Juan Peron, colonel de l'armée argentine, a participé en juin 1943 au coup d'état militaire qui a renversé le président Ramon Castillo. Sous-secrétaire d'état à la guerre puis ministre du travail, le général Peron est élu à la présidence de la République Argentine le 24 février 1946 et entre en fonction le 4 juin de la même année. Réélu en 1952, il est excommunié par le pape Pie XII le 15 juin 1955 et renversé peu après. Il s'enfuit sur un bateau de guerre mis à sa disposition par le général Stroessner, président du Paraguay.
De nouveau élu président en 1973, il meurt le 1er juillet 1974.


Traduction
ARGENTINE
PERON PROPOSÉ
 POUR LE PRIX NOBEL
DE LA PAIX
Paris, le 17 décembre 1948. Dans les milieux argentins,
 il a été révélé cette nuit que le président Juan Domingo
Peron a été proposé comme candidat au Prix Nobel de
la Paix. Les mêmes milieux indiquent que la proposition
 a été faite par Edmond Michelet, membre de l'Assemblée
Française et ex-ministre de la Guerre. Ils ont ajouté que
Michelet a fait sa proposition au Comité du Prix Nobel
du Parlement norvégien. Michelet en a informé aujourd'hui
 l'ambassadeur d'Argentine, Alberto Vignes.


Edmond Michelet a-t-il réellement proposé la candidature du général Peron comme Prix Nobel de la Paix ? Si oui, est-ce parce que celui-ci tentait une troisième voie entre libéralisme et communisme et qu'au plan international il ne se plaçait ni dans l'orbite des Etats-Unis ni dans celle de l'U.R.S.S. ? Voyait-il en Juan Peron le Charles de Gaulle de l'Argentine ?
Y a-t-il une relation entre cette démarche d'Edmond Michelet et sa décoration de Grand-Croix de l'Ordre du Libérateur San Martin d'Argentine ?